Le médecin ému, lui prit les mains et les serrant très fort,
dans les siennes, murmura :
- Hélas Madame ! Nous avons fait tout ce qui était en notre
pouvoir, mais en vain !
Josépha se recroquevilla sur sa chaise. Déjà elle était loin, très
loin et n’entendit plus de l’homme qui parlait, qu’une voix rauque, saccadée, comme si chaque syllabe qu’il prononçait lui parvenait ouatée, comme une bande-son, que l’on ferait se dérouler
au ralenti.
Puis sortant de sa torpeur, elle entendit alors
distinctement.
- Madame, l’opération de
Camille n’étant pas terminée, je vous propose d’aller vous étendre dans notre salle de repos, Je vous y apporte un sédatif, qui vous est plus que nécessaire, après le choc terrible que vous
venez de subir.
- Non Docteur, dit Josépha
dans un souffle, ma place est ici auprès de ma fille, même si je ne peux la voir, j’attendrai autant qu’il le faudra. J’ai tout mon temps ! Oui… j’ai tout mon
temps !
Se levant lentement, comme une somnambule, elle se dirigea vers la
salle d’attente, où un long supplice commença alors.
Tandis que la pendule égrenait les heures, Josépha, immobile sur sa
chaise, le dos fléchi, serrait de ses mains crispées, les pans de sa veste, dans laquelle elle s'était pelotonnée, comme pour se protéger d’un danger imminent. Malgré le beau soleil d’été qui brillait, par-delà la baie vitrée, son corps était transi. La scène paraissait surréaliste. Moins de quatre heures auparavant,
deux êtres jeunes et beaux partaient en vacances. Maintenant, l'un d’entre eux, avait cessé de vivre et l’autre, luttait contre la mort. Comment pouvait-on imaginer cela ? D’ailleurs Josépha
n’imaginait pas, elle n ‘imaginait plus. Ses pensées étaient confuses, embrouillées, elle attendait, simplement ! Elle attendait, que l’on veuille
bien lui donner des nouvelles de son enfant, près duquel, elle ne pouvait se trouver, alors que c’était le moment même de sa vie, où il avait le plus besoin de sa présence, même si encore
inconscient.
Elle entendit des pas dans le couloir. Ceux-ci se rapprochant, elle se
leva n’y tenant plus et alla voir, si la personne, était enfin quelqu’un, venant l’informer. En effet, c’était un chirurgien qu’elle reconnu à sa casaque et à son calot vert, elle remarqua même,
qu’il avait encore ses sur-chaussures. Que venait-il donc lui annoncer ?
Elle eut l’impression, que son cœur allait s’arrêter de battre et un
voile, vint troubler son regard. Elle tituba et dut se tenir au mur, pour retourner s’asseoir. Elle vit alors, la haute stature du chirurgien, apparaître dans l’embrasure de la porte.
Instinctivement elle se tassa un peu plus sur sa chaise, comme l’aurait fait un enfant, pris en faute et craignant la sanction, qui allait lui être infligée.
- Madame MAGNANT, je présume ? Je me présente Professeur LINBAUD !
Avant toute chose, je tiens à vous rassurer Madame et vous dire, que l’opération s’est très bien passée et vous pouvez me croire, après vous bien entendu ; J’en suis le premier heureux. J’ai
beaucoup d’affection pour Camille et j’ai tenu à faire partie de l’équipe chirurgicale qui a pratiqué cette opération. Il y a eu plusieurs lésions, causées par cet accident, mais pour
l’heure, je puis vous assurer , que tout est pour le mieux,. Camille est encore en salle de réveil et dès que possible, nous la transporterons dans sa chambre. Mais vous pouvez d'ores et déjà,
vous rendre dans celle-ci, une infirmière va vous y conduire, vous serait bien mieux pour l’attendre.
Josépha avait écouté le chirurgien dans un silence quasi religieux.
Elle était heureuse ! Oh combien, mais elle n’arriva pas à exprimer ce bonheur, cette joie, de savoir que sa fille avait survécu à l’opération et que tout, progressivement, irait vers
l’amélioration de son état. Le choc avait été trop fort. Elle ne put que remercier, pour ce que tous, avaient fait, pour préserver la vie de sa fille et partit, accompagnée d’une infirmière dans
la chambre, où devait être transporté Camille dès son réveil.
L’infirmière ouvrit la porte, l’engagea à se reposer dans un fauteuil
et lui proposa une boisson chaude, dont elle déclina l’offre, d’un hochement de tête et d’un léger sourire. Elle attendit...
Des bruits de roulement dans le couloir, se firent entendre, des
murmures derrière la porte, Camille devait être là. En effet, la porte s’ouvrit et Josépha put enfin voir sa fille. Elle était encore sous l’effet de l’hypnotique, mais ne dormait pas. Le
lit fut poussé à la place lui étant réservée et Josépha, se retrouva à quelques centimètres de sa fille. Le beau visage de Camille, était tuméfié, meurtri, un gros pansement
lui recouvrait une arcade sourcilière. Josépha ne put retenir ses larmes.
- Ne pleure pas Maman, je t’en prie ! murmura
Camille.
- Ma petite chérie, ma petite chérie, je suis tellement heureuse ! Tu
nous…Vous nous avez fait tellement peur sais-tu ?
- Oui je m’en doute bien maman et j’en suis désolée ! Mais où
est Frédéric, il n’est pas avec toi ?
- Fré...déric ?
- Oui, je me suis tellement inquiétée pour lui et l'on m’a dit, qu’il
n’avait eu que des blessures superficielles. Je suis si heureuse. Je ne savais rien de ce qui était advenu de lui, j’ai imaginé le pire. Quel
soulagement lorsqu’on m’a dit. C'est pourquoi, je suis étonnée, qu’il ne soit pas avec toi !
Les infirmières qui terminaient de mettre en place le monitoring, afin
de suivre l’évolution des paramètres vitaux, d' insérer les cathéters et autres perfusions, lancèrent à Josépha des regards entendus, pour lui faire comprendre que, Camille n’était au courant de rien, concernant
la triste réalité.
Il lui fallut donc, contre sa volonté mais, dans l’intérêt de sa fille et pour la seconde fois de sa vie, lui mentir.
Voulant au plus pressé éluder ce questionnement, Josépha fit
diversion.
- Souffres tu beaucoup ma chérie ? Ton visage n’est presque pas
marqué, juste l’arcade…
- Je ne souffre pas maman, je suis sous sédatifs, mais je me sens si
faible, si tu savais !
Les infirmières avaient maintenant quitté la chambre et Josépha se
retrouva seule auprès de son enfant.
Combien elle aurait aimé la serrer contre elle, lui dire qu’elle
venait de vivre les plus terribles instants de sa vie, mais elle se contenta d’affleurer son front d’un baiser, de lui caresser les mains et de lui sourire.
- Maman ! S’il arrivait
que je ne m’en sorte pas…. !
- Je t’en prie ne dis pas cela Camille !!
Cria Josépha.
- Maintenant tout va aller pour le mieux ma petite fille, après
nous rentrerons chez nous, où nous attend Maxine !
Maxine … Elle se rendit compte alors, que tout à son angoisse,
elle n' avait que très peu pensé à l’enfant, durant tout ce temps.
Suite...
Dominique
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