Extrait pris au hasard dans les débuts du livre.
Ce dimanche là, à « Boissy le Châtel » petite bourgade de Seine
et Marne où résident Blanche et sa famille,c’est jour de fête. A cet effet, Blanche s’est particulièrement surpassée. Tout se doit,
d’être irréprochable ; Car pour la circonstance, elle va accueillir sous son toit, son vieux papa,
qui habite dans le Sud de la France et auquel elle voue une adoration sans borne, ainsi qu’Antoine, son frère aîné et Nadine sa jeune belle-sœur. Malgré la tristesse qui l’étreint à la pensée que «sa Petite mère » qu’elle a perdu quatre ans auparavant,
ne participera pas à cette fête familiale, du moins physiquement, elle est radieuse à l’idée de retrouver ces êtres qu’elle chérit et qu’elle voit trop peu souvent à son gré. Chacun en effet, étant pris par son quotidien et son
père, ne se déplaçant plus qu’avec difficultés. Elle est descendue les voir en
« Provence » voici deux mois, mais cela, lui paraît être une éternité. La veille, son frère lui a téléphoné pour lui confirmer leur
arrivée, qu’il prévoit approximativement aux environs de dix, onze heures. Elle consulte sa
montre : Il est déjà dix heures trente, ils ne devraient donc plus tarder. En effet, aux cris de joie des enfants retrouvant les membres de leur famille, elle comprend qu’ils viennent d’arriver. Elle dévale les marches du perron, plus qu’elle ne les descend et va se jeter
dans les bras de son père qu’elle étreint avec toute sa fougue.
- Comme tu es beau, mon petit papa ! Lui dit- elle - Laisse moi te
regarder !
- Et toi comme tu mens bien ma
fille ! Lui répond-t-il dans un sourire.
Il lui caresse les cheveux, comme il le faisait lorsqu’elle était enfant, car pour lui elle restera à jamais sa petite « Bianca »
et les années n’y pourront rien changer. Elle se tourne maintenant vers son frère, son alter ego, son autre elle-même et se hissant sur la pointe des
pieds pour s’accrocher à son cou, elle dépose sur ses joues, deux baisers retentissants.
- Laisse m’en un peu ! Plaisante Nadine, qui déjà se sent happée par les bras de
Blanche.
- Avez vous fait bon voyage ? Papa n’a-t-il pas été fatigué ?
Voulez-vous prendre l’apéritif dans le jardin ou sur la
terrasse ?
Tout à son bonheur et pleine d’enthousiasme, Blanche les assaille de
questions. Amusé par la rapidité de cet interrogatoire, Antoine, taquin, lui répond :
- Oui ! En ce qui concerne la première question, non pour la seconde,
quand à la troisième, si bien entendu personne n’y voit d’inconvénients, ce sera dans le jardin.
Tous partent d’un rire joyeux et,
alors que chacun prend place sous le Tilleul, Jacques, leur père, observe Blanche attentivement.
Tandis qu’elle s’active autour de ses hôtes, elle croise le regard, de son père, dans lequel elle découvre, un mélange d’admiration et de nostalgie.
- Qu’est-ce qui te rend aussi songeur petit père ?
Lui demanda-t- elle
- Je ne le suis pas, je te
regarde simplement !
Répond-t-il
- C’est fou, ce que tu me rappelles ma mère, vêtue et coiffée ainsi ! J’ai l’impression de la revoir, lorsqu’elle avait ton âge ! Te souviens tu de cette
photo… ?
Oui, Blanche s’en souvenait
très bien. Sur cette photographie sépia, sa grand-mère, vêtue d’un longue robe noire à col montant, était assise dans une pose hiératique et
tenait au creux de son bras gauche , Jacques, alors âgé de quinze jours et de sa main droite la sœur de celui-ci, Bettina, de
deux ans son aînée. Ses cheveux aussi noirs que l’était son vêtement, étaient serrés en chignon sur sa
nuque. La ressemblance, déjà frappante entre son aïeule et elle, était encore accentuée par la tenue que Blanche portait ce jour là. En
effet, elle avait fait le choix, d’un chemisier en crêpe de chine grège à col officier et manches gigot et d’ une ample jupe noire à grandes poches,
qui lui arrivait à mi-mollets. Elle avait ramené, sur le sommet de sa tête son opulente chevelure, en un chignon serré, que maintenaient des épingles en écaille ; sachant bien, à quel point son père aimait à la voir coiffée ainsi. Elle avait un air très 1900. L’émotion qu’elle
fit naître chez Jacques était palpable, alors troublée et quelque peu confuse, elle alla déposer un long baiser sur le front de son père , dont les yeux s’étaient embués de
larmes et elle le serra tendrement dans ses bras. Sans prononcer un seul mot, tous deux s’étaient
compris. Elle le sentit heureux à cet instant. Car ses moments de bonheur étaient hélas si rares, depuis ce funeste jour où, Maria, l’amour
de sa vie, la mère des ses enfants, s‘en était allée à tout jamais, pour un monde que l’on dit meilleur. Elle était partie, tout doucement,
sans un gémissement, sans une plainte, durant son sommeil. Très affecté par ce que chacun s’évertuait, à n’appeler par euphémisme que « départ » , Jacques vivait désormais seul, dans leur grande maison du Sud où ils connurent tant d’années de bonheur, où vinrent au monde et grandirent leurs
enfants et où tous, partagèrent tant les moments de joie que les jours de tristesse. Aussi, pour rien au monde, il ne quitterait cette maison, dont chaque coin, lui rappelait sa Maria. Antoine, leur fils,
connaissant cette volonté, avait fait l’acquisition d’un appartement voisin, afin de pouvoir veiller sur son père, sans pour autant porter atteinte à
son indépendance.
Fin de la première partie de
l'extrait A Suivre... (Cliquez)
Dominique
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